Découverte en 1872 par le Dr Huntington qui lui a donné son nom, cette maladie génétique demeure mal connue et fait encore peur
aux médecins. On dénombre en France environ 6 000 personnes atteintes par la chorée de Huntington et environ deux fois plus de porteurs du gène déficient, qui n'ont pas encore développé les symptômes. Si l'on tient compte du retentissement de la maladie
sur les familles, on peut alors considérer que 100 000 personnes sont impliquées. Son issue est fatale en 10 à 20 ans, le malade s'éteignant dans un état de rigidité posturale et de démence totale.
Il n'existe aujourd'hui aucun traitement à cette affection, qui atteint des adultes jeunes. Depuis la découverte du gène responsable de
la maladie en 1993 sur le chromosome 4, les efforts de recherche
se sont intensifiés. Parmi les voies prometteuses, on peut citer les tentatives de greffes intracérébrales. Reste un gros problème de prise en charge...
Qu'est-ce que la chorée d'Huntington ?
C'est une maladie rare, grave, qui démarre vers 35/45 ans. C'est une maladie génétique. Les parents lorsqu'ils sont porteurs du gène ont 50 % de risque de le transmettre à
leurs enfants. Elle se manifeste par différents signes. Il y a
des signes moteurs, à savoir des mouvements saccadés, explosifs, imprévisibles, des troubles psychiatriques, 50 % des patients ont eu une dépression grave et il y a aussi des troubles du caractère qui rendent la vie difficile pour les familles et parfois des psychoses (10 % des cas). On note aussi des troubles cognitifs, au premier rang desquels :
des troubles de mémoire et de l'attention qui au début de
la maladie passent inaperçus. Puis les choses se dégradent, le patient souffre de troubles de langage et des gestes.
C'est donc, une maladie extrêmement composite. Lorsque
l'on annonce le diagnostic à un patient, on provoque un bouleversement massif de sa vie. Il sait, parce qu'il s'agit
d'une maladie génétique, comment on évolue avec la maladie, comment il va mourir, c'est-à-dire comme celui qu'il a vu mourir et souffrir dans sa famille. À partir du moment où l'on va poser le diagnostic, on va en quelque sorte " dévaster " toute sa vie ...
Quelles sont aujourd'hui les pistes suivies par la recherche ?
Pour nous le problème est de trouver un traitement. Pour l'instant la recherche est surtout tournée vers ceux qui sont déjà atteints, car nous n'avons pas encore les outils pour traiter ceux qui sont juste porteurs du gène. La première, manière de raisonner, est d'essayer de trouver les mécanismes de la maladie. On travaille alors soit, sur la mort cellulaire, soit sur le gène. Certains, ont pris en compte le glutamate (le même que l'on trouve dans l'alimentation) qui
est dans les cellules et qui permet de contrôler l'entrée
du calcium. Lorsque le glutamate a un taux trop important,
il a des conséquences mortelles sur la cellule. Deux essais thérapeutiques ont été réalisés pour empêcher l'augmentation du taux de glutamate qui n'ont pas donné de résultats.
Une autre manière de raisonner est de dire, non, le taux
de glutamate est normal, mais la cellule s'étouffe parce que les mitochondries (c'est-à-dire ce qui produit de l'énergie dans
la cellule) ne fonctionne pas, donc le taux d'acide glutamique devient toxique parce que la cellule n'a pas assez d'énergie. L'idée ici, est donc de proposer des nutriments pour permettre aux mitochondries de produire assez d'énergie. Un essai
peu convaincant a été fait dans ce sens à base de créatine. Ensuite, on trouve des recherches plus sophistiquées,
qui supposent que lorsque la cellule est en train de souffrir elle provoque la fabrication de radicaux libres (molécules) chargés ioniquement de manière négative, et qui proposent " d'attraper " ces molécules avec d'autres molécules. Ceci est pour l'instant en cours d'essai chez la souris. Aujourd'hui, ces deux voies réflexions sur la mort cellulaire sont à la source de nombreux essais thérapeutiques, mais n'ont pas encore permis de démontrer une efficacité chez les patients. Si on considère le gène cette fois, une des pistes consiste à dire qu'il y a des inclusions toxiques provoquées par la mutation
de la huntingtine produite par le chromosome qui porte la maladie de Huntington. On pense alors, à des médicaments qui empêcheraient les inclusions. Ces pistes sont testées sur la souris et des modèles montrent que l'on peut réduire les inclusions. Mais la souris n'est pas un humain ...Enfin,
une autre piste consiste à prendre en compte la huntingtine mutée et la huntingtine normale pour avoir une bonne viabilité du striatum, région la plus atteinte au début de la maladie. Cette dernière voie est en pleine expansion...
En quoi consiste les greffes qui ont été testées sur certains malades ?
Notre équipe a choisi une voie encore différente. Nous avons considéré que même si nous ne comprenons pas tous les mécanismes de la maladie, nous pouvons toujours essayer de traiter les patients. La première zone atteinte est le striatum, que l'on peut envisager comme un noyau en plein milieu
du cerveau sur lequel se projette l'essentiel des fibres corticales et notamment les fibres frontales. Il faut imaginer
un entonnoir, avec au bout une petite boule qui reçoit tout
ce qui sort de cet entonnoir. Cette petite boule (le striatum) s'atrophie au fur et à mesure de la maladie. La première idée qui a fondé nos essais, c'est de dire que si l'on parvenait
à reconstruire cette zone du cerveau peut-être parviendrait-on
à empêcher les symptômes de la maladie. C'est la base des greffes intracérébrales. On prend des f½tus humains résidus des interruptions volontaires de grossesse et l'on prélève la qui correspond chez l'adulte au striatum. Elle est ensuite injectée dans la zone lésée du cerveau des patients. Cinq patients ont ainsi été greffés en France. Nous avons d'abord procédé à une greffe du côté droit et un an plus tard du côté gauche. Trois des patients se sont améliorés et globalement stabilisés. Chez deux de nos patients, la greffe n'a pas pris, elle n'a jamais réussi à se connecter au reste du cerveau. Cela a été un échec. On peut cependant penser que la greffe
a un " effet " et de manière durable. C'est pourquoi aujourd'hui nous redémarrons un nouvel essai, sur la France et la Belgique. C'est une voie prometteuse, mais il faut le démontrer. On espère que d'ici 2007 nous pourrons donner une réponse à la question ...
Quels sont les critères de sélection pour entrer dans le protocole de greffe ?
Ce ne sont pas des critères de sélection mais " d'inclusion ".
Il faut que ce soit des malades déclarés. Il n'est pas envisageable de proposer une greffe à des personnes qui n'ont pas explicitement et de manière claire, déclaré la maladie. Compte tenu de la durée du protocole, Il faut qu'ils soient autonomes et solides moralement. Et puis, ils
ne doivent pas être atteints d'une autre maladie. De fait, ce sont des critères de bon sens. On se dit que le patient qui intègre le protocole doit tenir le coup 52 mois, qu'il doit assumer un tirage au sort, qu'il doit savoir que l'on ne va rien lui faire de particulier pendant 30 mois, s'il est dans le groupe qui est tiré au sort plus tard. Tout cela requiert une certaine solidité. Enfin, ne rentrent dans les protocoles que des patients que l'on connaît et avec qui il y a une confiance réciproque. De ce point de vue-là, les critères sont extrêmement sélectifs.
Y a-il d'autres thérapeutiques envisagées ?
On peut se dire que les patients malgré la greffe ont toujours le gène. On peut reconstruire la zone, améliorer les symptômes, mais le gène est là ! D'autres thérapeutiques visent alors, à empêcher la dégradation des cellules.
Une technique nouvelle consiste à prendre des cellules de hamster génétiquement modifiées pour fabriquer un " factor " qui va protéger les cellules. Un essai a été mené chez le singe puis chez l'humain durant quatre ans, dont les résultat
ne sont pas encore publiés. À côté de ces thérapeutiques d'exception, il y a aussi des thérapeutiques plus humbles que sont la rééducation. Par exemple, des travaux menés chez les enfants dyslexiques ou qui souffraient de troubles du langage montrent qu'avec un entraînement de six semaines sur ordinateur à raison de 1h45 par jour, on peut " ramener ces enfants à la normale ". Nous avons nous essayé ces techniques chez les aphasiques et nous sommes parvenu
à leur faire récupérer 60 % de leur niveau. La question maintenant est de savoir si ces techniques ont un intérêt pour les greffés pour leur faire " apprendre " la greffe. Peut-être pourrait-on ainsi potentialiser l'effet de la greffe. C'est ne troisième voie...
Quel peut être l'apport des orthophonistes ?
Les orthophonistes font déjà un énorme travail. Il faut savoir que les malades Huntington font ce que l'on appelle des " fausses routes ", ils s'étranglent, ils ne trouvent plus leurs mots, à la fin, ils ne parlent carrément plus. Les orthophonistes interviennent de deux façons. Premièrement
en rééduquant la coordination pneumo phonique c'est-à-dire la coordination entre le souffle et la déglutition, pour éviter que les patients ne s'étranglent. C'est un point très important. Deuxièmement ils peuvent stimuler les patients à utiliser leur langage, à construire des phrases, etc... car le plus souvent les malades perdent l'initiative de parler. À cela s'ajoute un volet recherche. On essaye de trouver des techniques de rééducation dites " ciblée ". L'idée étant à terme de faire
des CD Rom et des formations capables de proposer des rééducations adaptées.
Existe-t-il des médicaments pour enrayer cette maladie ?
Il y a beaucoup d'essais thérapeutiques. Mais des médicaments ayant réellement démontré leur efficacité pour ralentir la maladie, il n'y en a pas ! Un seul a montré une tendance au ralentissement, mais le pourcentage atteint est de 15 %, alors que l'on espérait 40% . L'essai a donc été considéré comme négatif. Cet essai doit redémarrer. On ne peut donc pas dire qu'il y a un médicament pour traiter la maladie d'Huntington. Par contre on peut dire que la prise en charge a un effet. Un patient qui pleure, seul dans son coin, va moins bien qu'un patient dont on s'occupe, qui suit une kiné, qui va chez l'orthophoniste, et qui a envie de vivre... Ça, ça marche ! C'est garanti...
Que dire aux parents lors d'un diagnostic pré-implantatoire ou à l'issue d'une amiosynthèse ?
Notre rôle de médecin, c'est d'aider à poser les questions de manière acceptable pour eux, mais nous ne sommes pas là pour intervenir dans leur décision. Nous sommes là pour les informer, voilà les risques, les avantages et les aider à voir plus clair. Il y a des patients qui sont informés mais qui ne veulent pas savoir. Cela existe et c'est fréquent. Ce n'est pas blâmable. Nous, nous devons les aider à choisir et à ne pas regretter...
Une fois le diagnostic posé, comment se préparer à la maladie ?
Je ne sais pas vraiment répondre...Je dirais ...Il faut avant tout vivre. Il ne faut pas penser sans arrêt à se préparer à la maladie. Il faut profiter de ce qui est là. Ce qui est pris
est pris ... S'il n'y a pas encore de symptôme, la kinésie n'est pas justifiée. Faire une heure de marche par jour est dans ce cas largement efficace. Il est vrai que c'est très difficile de vivre sans penser à la maladie. Avant on ne savait pas, aujourd'hui et c'est nouveau, avec le diagnostic, plus de gens vivent avec cette épée de Damoclès sur la tête. Ils se disent, je suis porteur du gène et ne vivent que dans cette idée. Pourtant c'est quelque chose qu'il faut apprendre à ne pas faire ... Cela paraît facile à dire ...Il faut en même temps rester lucide,
s'il y a des assurances à prendre les prendre, se stimuler physiquement, intellectuellement ...
Mais il faut avant tout vivre !
Mme Perrusseaud de l'association Huntington France témoigne.
Mon mari est atteint de la maladie ... Au début il avait des comportements bizarres, il avait des difficultés dans son travail. Au départ on lui donnait des anti-dépresseurs. Et, puis après avoir " erré ", c'est le mot, nous avons fini par l'emmener voir un neurologue de l'hôpital de la Salpêtrière, qui a tout de suite vu qu'il était atteint de la chorée d'Huntington...
Nous avons fait une recherche au niveau familial ... Cela a été un choc, je dirais même une " bombe ", parce que l'on découvrait qu'un certain nombre de membres de la famille étaient concernés dont mon fils (...) L'association m'a vraiment sauvé...Aujourd'hui je mets mon expérience au service des autres...
Les délais pour les consultations sont très longs, pourquoi ?
Normalement c'est au médecin qui a posé le diagnostic d'assurer une consultation de suivi. Théoriquement les patients ne doivent pas arriver en catastrophe dans nos services. Il est vrai que les délais chez nous sont de neuf mois (avant c'était six mois !) . Et je l'avoue, je ne sais plus
où donner de la tête ... J'ai formé des étudiants. Mais trouver des médecins qui acceptent de travailler avec nous il n'y en a pas beaucoup ... Des médecins compétents, pas beaucoup non plus .... On est débordé. Les patients viennent de toute
la France. Pour ma part, j'assure le suivi de 250 patients en permanence. Il faut les revoir régulièrement. Je suis donc d'accord pour dire qu'il y a un vrai problème de prise en charge. Il n'y a aucune structure pour accueillir les patients, pas de médecins, pas d'aides à domicile...J'admire donc beaucoup les gens qui tiennent le coup... On peut cependant dire que grâce au réseau Huntington mis en place, les choses commencent à bouger. Mais il est vrai qu'il y a des pays où c'est mieux. En Hollande par exemple, on trouve des centres d'accueil spécialisés dans la maladie d'Huntington qui sont remarquables. Il y a même une liste d'attente. Cependant ils ont développé une réflexion approfondie sur la prise en charge des patients finissants que nous n'avons pas menée ici
Source: asso huntington espoir